En France, on ne fait rien en juillet/ août, c'est culturel, la vie médiatique et artistique en été est, comme l'ours en plein hiver, invisible, les séries TV s'arrêtent (et les rediffusions du Gendarme de Saint-Tropez commencent), les présentateurs d'émissions intéressantes nous disent au revoir et souhaitent nous revoir au mois de septembre.
Il en est de même pour le cinéma, par contre aux Etats-Unis, c'est la saison faste pour sortir des gros budgets, prêts à submerger le monde par un déluge de dollars et de produits dérivés, et ce depuis 1976 et la sortie en plein mois de juillet des Dents de la mer (au grand désespoir des professionnels du tourisme qui virent les plages être désertées). Pendant longtemps, la France est restée à l'écart de ce genre de démarche, les films sortaient à la rentrée, parfois avec cinq mois de retard, et puis, l'ère du piratage massif arriva, et les studios multiplièrent les sorties mondiales afin de ne pas encourager davantage les pirates du Net.
Cet été, les salles obscures sont donc envahies par des films américains en pagaille, pas de films français ou si peu et de si médiocre qualité que cela en devient grotesque, parmi cette profusion de blockbusters (le film américain à gros-budget), on trouve de tout et surtout beaucoup de films distrayants mais passables : du sous-Indiana Jones (la Momie 3 mais je suis mauvaise langue, je ne l'ai pas vu et je n'irai probablement pas le voir), des géants verts qui ne font pas de réclames pour les légumes mais pour les radiations Gamma et l'absence de scénario (Hulk pour les deux du fond qui ne suivent pas), des Seigneurs des anneaux Light (Narnia 2), et un film avec un super-héros SDF interprété par Will Smith (Hancock étant malheureusement affecté du même problème que Je suis une légende, une première moitié jouissive suivie d'une seconde partie poussive). Il est toutefois deux films qui sortent du lot et sous des aspects très différents, ce sont des films qui ont la particularité de donner à l'humanité un visage plus sombre qu'il n'y paraît : il s'agit de Wall-E et de Batman : The dark knight.
Wall-E, c'est un film Pixar, le studio qui a tendance à faire au pire de très bons films (Cars, Le monde de Nemo), au mieux des chefs d'oeuvres (Les Indestructibles, Ratatouille).
Wall-E se classe sans efforts dans la seconde catégorie, malgré un pari dangereux, ben oui, faire un film de SF, une comédie et une histoire d'amour en même temps, c'est plutôt délicat et pourtant, le film est un grand bol de bonheur. Des images magnifiques, la terre dévastée, la danse au milieu des étoiles, drôles, voir Wall-E draguer est un grand moment, et émouvantes, je ne pensais pas être ému à ce point par une Love Story entre une boite de conserve et un I-Pod.
Le film est plus sombre qu'il n'y parait toutefois, nous ne sommes pas si loin de ce monde si pollué, si ravagé, si désertique que le seul espoir est la fuite vers l'espace, tout comme nous ne sommes pas loin de cette humanité obèse, à l'oeil si rivé sur l'écran d'un portable qu'elle en oublie de regarder la beauté du monde et d'apprécier la chaleur d'une main amicale. Le film est donc porteur d'un message écologique peut-être plus pertinent que d'autres films plus catastrophistes et simplistes (Le jour d'après), après les grincheux pourront toujours se plaindre que si le film condamne la consommation excessive, les produits dérivés Wall-E abondent dans les super-marchés locaux, mais bon, il serait triste de bouder son plaisir et dieu sait qu'il est immense. A noter, un très beau générique de fin où on revisite l'histoire de l'art (des peintures pharaoniques à l'expressionisme quand même).
Second film à grand spectacle qui vaut le détour : The Dark Knight de Christopher Nolan.
The Dark Knight, c'est la suite de Batman Begins sorti il y a trois ans, dans ce second volet, on retrouve le milliardaire Bruce Wayne (Christian Bale, parfait) qui, sous le costume de Batman, continue à essayer de sauver la sombre et immense mégalopole de Gotham City du crime et de la corruption, un allié arrive, le procureur Harvey Dent (Aaron Eckhart impeccable) qui fait croire à Bruce qu'il va pouvoir cesser la lutte mais un ennemi survient également : le Joker (Heat Ledger PHENOMENAL).
Le mythe du super-héros a une sacrée côte ces derniers temps, les meilleurs films tirent profit d'un angle de vue original, Nolan a choisi d'observer Batman sous l'angle du réalisme, et du questionnement moral. le film oppose et rapproche constamment deux visions contradictoires du monde : une légale, raisonnée, pragmatique, lumineuse, c'est celle d'Harvey Dent et en partie (mais en partie seulement) de Batman, dans ce monde, le justicier illégal n'est là que pour rétablir la paix et l'harmonie, il laissera la place au justicier légal : le procureur Harvey Dent quand sa tâche sera finie. L'autre vision du monde est celle du Joker, elle est chaotique, désordonné, imprévisible, pour le criminel, Batman est lui aussi un monstre de foire aussi fou et obsessionnel que lui. Le Joker est l'ennemi imprévisible, terroriste ultime, anarchiste qui veut voir le monde brûler sans raisons intelligibles au commun des mortels, Batman devra prendre des mesures extrèmes pour le vaincre allant contre ses propres principes. On peut parler de film post 11 Septemble à cause de cette opposition entre une menace incontrôlable et terroriste et les mesures extrèmes prises par les autorités pour limiter celle-ci au risque franchir toutes les limites qui séparent les démocraties des dictatures.
De même, Batman est, comme on l'a dit plus haut, un justicier illégal, il représente la méfiance instinctive qu'ont les Américains pour l'Etat et ses représentants (la police de Gotham est corrompue) et la tentation de se faire justice soi-même, toujours présente. Le Joker poussera d'ailleurs tous les habitants de Gotham, des héros aux simples quidams, à choisir entre tuer et être tuer, être égoiste ou être altruiste et le film est suffisamment complexe et sombre pour que le choix à faire ne semble pas si facile à effectuer.
Les deux films de l'été sont donc plus délicats à appréhender que ceux sortis à la même période les années précédentes, pas de héros parfait sauvant le monde, pas de monde intact sans efforts de la part de tous. Dans le monde du réchauffement climatique et du 11 septembre, les choses ne sont plus si simples et tout le monde peut être le héros ou le villain de l'histoire.
Je prends quelques minutes pour vous parler d'un film exceptionnel, il a failli remporter la palme d'or à Cannes et après l'avoir vu, je me demande comment cette suprême récompense a pu lui échapper.
Valse avec Bachir, c'est l'histoire d'un ancien soldat israëlien qui a participé à la guerre au Liban et assisté au fait le plus horrible de cette guerre : le massacre des camps de réfugiés Palestiniens de Sabra et Shatila. Traumatisé, il a occulté cet épisode de sa mémoire mais un cauchemar récurrent le pousse à chercher la vérité et à renouer contact avec ses anciens compagnons d'armes.
Valse avec Bachir est un film exceptionnel dans la forme, à la base, on est très proche d'une sorte de docu-fiction comme on en voit souvent à la TV ces derniers temps. Le spectateur accompagne le personnage principal qui rebâtit peu à peu sa propre mémoire en recueillant les témoignages de ses anciens frères d'armes et de journalistes de l'époque, le film alterne donc interviews, Flash-Backs et images de la guerre livrée 26 ans plus tôt. Rien d'original même si on peut saluer l'excellence de la mise en scène et de la bande originale, le véritable point qui fait de Valse avec Bachir un film d'exception est que tout cela est présenté sous la forme d'un dessin animé. Des dessins expressifs, magnifiques, poétiques et réalistes, un véritable bonheur pour les yeux malgré l'extrème violence des images. Sur le fond, le long-métrage autobiographique d'Ari Folman est émouvant et choquant, on peut le comparer aux grands films américains sur le Vietnam comme Platoon ou Voyage au bout de l'enfer, il peint la page la plus sombre de l'histoire de l'Etat d'Israël et du sanglant conflit qui oppose l'Etat juif aux pays arabes depuis 1947.
En 1949, des Palestiniens chassés d'Israël sont parqués dans d'immenses camps de réfugiés en Egypte et surtout au Liban, dans ce dernier pays, on trouve les grands camps de Sabra et Shatila. Le Liban sombre dans la guerre civile entre 1975 et 1990, cette effroyable conflit oppose les communautés musulmanes du nord aux communautés chrétiennes du sud, ces factions sont soutenus par les pays voisins, Israël s'implique dans la guerre du côté des chrétiens en 1982, c'est cette intervention qui est racontée dans le film. Après l'assassinat du président Bachir Gemayel, Israël désarme les milices musulmanes mais laisse leurs armes aux partisans chrétiens de Bachir. Furieux, les plus extrémistes de ces derniers se vengent sur les Palestiniens, en septemble, ils se livrent à un véritable massacre dans les camps de réfugiés de Sabra et Shatila, près de 10 000 hommes, femmes et enfants sont assassinés sous les yeux des Israëliens qui n'interviennent pas pour mettre fin au massacre.
C'est cet épîsode atroce, le plus noir de l'histoire d'Israël qui est donc raconté dans ce magnifique film diffusé actuellement au Cinespace de Beauvais.
Au cas où vous ne le sauriez pas, Paris est à moins de 100 km de Froissy et il est donc relativement facile de vous y rendre et de profiter de son offre culturelle et historique. C'est ce que j'ai fait il y a peu, et j'ai visité un nouveau musée (un de plus) : l'Historial Charles de Gaulle aux Invalides.
Ce musée est intéressant à plus d'un titre, sur le fond comme dans la forme, après ce concept à des limites, on y reviendra. Cet espace fait partie d'un vaste projet qui vise à rénover les musées de l'hotel des Invalides. Le projet consiste à organiser la visite de l'hotel des Invalides (un des plus beaux endroits de Paris) autour de trois musées consacrés à trois grandes figures de l'histoire de France : Louis XIV, Napoléon Ier et Charles de Gaulle.
L'orientation est donc assez claire, c'est l'histoire des "grands hommes" qui est mis en valeur, un raisonnement qui a ses limites car elle conduit un peu trop à faire l'apologie du général De Gaulle. Incontestablement, Charles de Gaulle a été le plus illustre Français du XXème siècle, le musée montre bien les faits glorieux de la vie du chef de la résistance à l'Allemagne et du premier président de la cinquième République, il évoque à peine des sujets un peu plus discutables notamment l'abandon des Harkis à la fin de la guerre d'Algérie ou le pardon accordé un peu trop facilement à certains fonctionnaires du régime de Vichy qui avaient aidé les Nazis dans leur politique d'extermination.
Sur la forme, le musée se veut très original, pas d'objets, à part quelques images, l'essentiel de la visite se fait au moyen de vidéos et de casques audios, le processus est très intéressant et tire partie des nouveautés médiatiques du XXème siècle : disours, actualités cinématographies ou télévisées, interventions d'historiens, etc ; mais aussi des nouveautés technologiques du XXIème, la visité est entièrement interactive et multiplie les supports de présentation. Cette démarche a ses défauts malgré tout, on manque un peu d'explications sur la manière d'utiliser certains outils numériques et parfois, les casques audios ne reçoivent pas les ondes correspondant à la partie du musée qui vous visitez.
Enfin, l'expérience reste intéressante et assez inédite et peut constituer une sortie intéressante pour qui voudrait approfondir sa connaissance de certains aspects du XXème siècle.